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Pour commencer…

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J’ai un cancer du sein. Vlam, voilà, c’est dit. C’est un peu brutal, mais c’est comme ça.

Tous ceux qui vivent cette maladie le savent, il y a très nettement un « avant » et un « après ». Et c’est cette simple information « j’ai un cancer du sein » qui change tout. Ceux qui ne vivent pas le cancer eux-mêmes ne peuvent pas savoir. Même les proches, les très proches, même les soignants qui côtoient cette maladie au quotidien, ne peuvent pas savoir.

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Je m’appelle Isabelle, j’ai cinquante ans et j’ai un cancer du sein. Je suis néanmoins incapable de donner une date précise marquant la limite entre « avant » et « après ». Quand mon médecin me l’a annoncé, quand le mot « cancer » a été prononcé pour la première fois, c’est comme si je le savais déjà. Sans doute pas depuis très longtemps, mais je le savais, c’était sûr et certain.

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Pourtant, mon « cas » n’est même pas très original. Il y en a des dizaines, des centaines, voire des milliers, selon l’échelle à laquelle on se place. C’est tristement banal : une tumeur élit domicile dans mon sein gauche, se développe très vite et contamine son environnement immédiat, jusqu’aux ganglions sous l’aisselle. C’est banal car le sein est une localisation « facile » : un organe plutôt externe et pas franchement vital. Et une localisation archi-connue des médecins. Donc scénario classique : mammographie, biopsie, mastectomie (ça, c’est fait), chimiothérapie, radiothérapie (ça, c’est le programme à venir)…

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Ami lecteur, tu vas me dire : si ton cancer est banal, qu’as-tu à me dire ? Et bien justement, ce cancer, c’est le mien, et il est unique. Ce cancer, je veux en faire quelque chose d’autre, je veux qu’il serve à quelque chose, je veux en faire quelque chose d’utile.

Mon propos, ce n’est pas simplement de raconter des anecdotes de ma vie quotidienne, même si je peux le faire aussi.

Tiens, par exemple, en voici une. Cette nuit, j’ai fait un cauchemar. J’ai rêvé que j’étais en classe, en cours d’une matière scientifique probablement. J’étais installée tout au fond de la classe, mais je prenais mes notes de manière attentive. Jusqu’à ce que je me fasse interpeller de manière très vive par la prof, qui me reproche mon inattention. Je proteste, je demande à changer de place pour me rapprocher du tableau et prouver ma bonne foi.

Elle me répond : « de toute façon, pour ce que vous faites, vous pouvez rester où vous êtes ». Et elle poursuit son cours. Et là, je regarde mes notes, je regarde le tableau et je réalise : l’immense tableau est couvert d’écritures et de formules, mes notes sont certes très propres (j’ai toujours été une élève soigneuse et appliquée ;), mais elles ont au moins trois tableaux de retard ! Et la prof est en train d’effacer !

Bon, c’est un petit cauchemar, pas bien méchant. Mais je me réveille dans un état bizarre et curieusement, je ressens une forte envie d’écrire. Cette envie d’écrire, je la sens en moi depuis un moment déjà, mais je n’étais pas encore passé vraiment à l’action.

Pourtant, j’écris beaucoup ces derniers temps, ne serait-ce que pour répondre aux innombrables messages de soutien et d’encouragement que je reçois de mon entourage et qui me sont un trésor inestimable.

Cette envie d’écrire, elle concerne mon cancer et ma volonté d’en faire quelque chose d’unique et quelque chose d’utile. Je sais bien que tellement de choses ont déjà été dites et écrites sur ce sujet. Je sais bien qu’il y a tellement de personnes tellement mieux placées que moi pour en parler. Qui suis-je, moi, pour espérer pouvoir apporter quelque chose de nouveau ?

Pourtant, je veux partager, je veux témoigner, je veux dire comment mon cancer a entrepris de me transformer et comment moi, je veux lui donner du sens. J’aimerais que mon histoire puisse servir à d’autres. Même si tout a déjà été dit, cela ne fait rien.

Répéter, répéter, chacun à sa manière, cela n’est jamais inutile. J’espère, ami lecteur, que tu ne me trouveras pas trop présomptueuse.

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Alors voilà, je m’appelle Isabelle, j’ai cinquante ans, je mène une vie riche, passionnante, épuisante aussi parfois. J’ai un cancer du sein et je ne veux pas qu’il m’empêche de vivre. Au contraire, je voudrais même qu’il m’aide à vivre mieux. Et c’est là le vrai paradoxe : le cancer est une maladie grave, une maladie mortelle, une maladie qui fait peur. Et pourtant, je suis sûre déjà, alors que cela ne fait qu’un peu plus d’un mois que je vis avec, que le cancer n’est pas que cela.

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J’ai souvent l’occasion d’en parler autour de moi ces temps-ci, c’est devenu le sujet de conversation incontournable. Je suis devenue très à l’aise pour l’annoncer et je m’amuse même à observer les réactions des personnes à qui je dis : « j’ai un cancer du sein… et

je vais bien » ! Quoi ? Tu as cette p… de b… de m… de s… et tu penses que tu vas bien ? Combien de fois je me suis entendue dire, notamment au téléphone : « je suis content(e) de t’entendre, tu as une bonne voix, tu as l’air d’aller bien »…

Mais oui, je t’assure, ami lecteur, je vais bien. Bon d’accord, il ne faut rien exagérer, j’ai bien sûr des moments difficiles, des moments de doute, des moments d’accablement, des moments de colère. C’est dur d’accepter ce compagnon qui fait désormais partie de ta vie pour toujours et qui s’est installé à l’intérieur de toi de façon sournoise (pourquoi moi ?). C’est dur de se regarder en face dans le miroir et d’accepter son image mutilée.

C’est dur de se dire que l’on fait souffrir ceux que l’on aime. Mais bon, malgré tout, je vais bien.

Je vais bien et je dirais même que je ressens à l’intérieur de moi comme un surcroit d’énergie. Une énergie qui est là, disponible et qui ne demande qu’à être utilisée, canalisée. C’est cette énergie qui me pousse par exemple à écrire, à témoigner, à vouloir partager avec toi, ami lecteur, mon expérience, avec le secret espoir que peut-être, elle soit utile à quelqu’un.

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J’ai un cancer du sein, mais je vais bien. J’ai un cancer du sein et je vais bien. Et voici, en l’état actuel de mes réflexions, quels sont les trois ingrédients de base qui me permettent d’aller bien, les trois éléments sur lesquels je m’appuie pour aller bien.

Attention, attention, roulements de tambours.

À suivre !

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Isabelle.


 

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