Histoires d’accessoires

 

Pile trois semaines depuis ma première chimio et je commence à perdre mes cheveux. Normal. Rien de spectaculaire pour le moment, juste quelques cheveux sur l’oreiller, encore quelques-uns dans le lavabo et au fond de la douche, encore d’autres dans la serviette, nettement plus qu’en temps normal. Mais encore beaucoup sur ma tête : comme quoi, j’en ai finalement plus que je pensais ! Je vais attendre encore un peu avant d’avoir recours à ma splendide chevelure de substitution, tellement plus belle que nature !

 

Comme ils sont très, très courts, ce n’est pas très intimidant. Mais j’essaie d’imaginer le traumatisme que cela peut représenter pour certaines femmes dont les cheveux longs sont la fierté. Quand on y pense, il est étonnant d’observer l’importance qu’accordent beaucoup de femmes à la longueur de leurs cheveux, tout en menant par ailleurs une lutte acharnée contre toute forme de pilosité…

 

Perdre ses cheveux, perdre un sein, c’est considéré comme perdre les attributs de sa féminité. Pourtant, ma féminité ne réside pas simplement dans ces attributs. Je la porte en moi, dans mon ventre, dans ma tête. La féminité s’exprime dans les expressions du visage, dans le regard, dans la façon de bouger, dans la façon de penser. Le reste, ce ne sont que des accessoires : un faux sein en silicone, une chevelure artificielle, tout comme un foulard, des bijoux, une jupe qui tourne, du maquillage…

 

Certes, cela demande du temps pour apprivoiser une image différente de soi. D’autant que les changements sont assez brutaux. Pourtant, nous savons bien que notre image se modifie de toute façon sous l’effet implacable du temps qui passe. Quelques kilos supplémentaires viennent adoucir la silhouette, quelques rides viennent souligner le regard… J’imagine que ce sont les mêmes qui sont attachées à la longueur de leurs cheveux, hostiles au moindre poil, accros aux régimes amaigrissants et consommatrices de potions anti-rides ! J’ai de la chance, pour moi, l’essentiel est ailleurs. Même si j’aime bien quand même mes divers accessoires. Oui, je sais, nous les femmes, nous ne sommes pas à l’abri des contradictions.

 

Je cherche une façon élégante de changer de sujet, une transition adroite pour sortir de ces histoires de bonnes femmes. Je ne trouve pas. Pourtant, ami lecteur, j’ai envie de te parler maintenant de mes découvertes de ces jours derniers. J’ai eu la chance de passer la semaine qui vient de s’écouler à la montagne, dans une vallée idyllique des Pyrénées. La montagne, c’est l’environnement parfait pour charger les batteries, pour soigner sa forme, pour se ressourcer… et pour marcher.

 

Cette vallée est un terrain de jeu idéal pour apprenti randonneur comme pour marcheur aguerri. C’est une vallée aux multiples visages : de prime abord, douce et accueillante, elle devient au bout plus sauvage et intimidante, cernée de plusieurs sommets à plus de 3 000 mètres. Pour ma part, j’ai choisi mon camp : je suis résolument plus attirée par les fonds de vallée que par les cimes environnantes. L’appel des sommets, très peu pour moi. Le problème majeur, avec la montagne, c’est que ça monte ! Et puis, quand on est bien monté, ça descend et ce n’est pas forcément plus facile !

 

Monter, ça casse les jambes, ça coupe le souffle. Je n’aime pas le sport justement parce que je n’aime pas me sentir essoufflée. Une des raisons pour lesquelles j’aime marcher, c’est que je n’y perd pas mon souffle… tant que ça ne grimpe pas trop. En montée, je dois surveiller à chaque pas où je pose mes pieds, je progresse à la vitesse d’un escargot, je ne profite plus aussi bien du paysage environnant.

 

Descendre, ce n’est guère mieux. Certes, cela va plus vite. Mais gare à la pierre qui roule et au risque de rouler avec elle jusqu’en bas de la pente. Et puis, il faut quand même freiner et ça, mes genoux, surtout le gauche, n’aiment pas trop, encore que j’ai connu pire. Je n’ai pas encore trouvé la technique pour empêcher complètement mon genou gauche de coincer dans les descentes raides. Je continue de chercher. On ne fait pas assez attention à comment on fait pour marcher, cela semble tellement évident !

 

Donc, incontestablement, je préfère les dénivelés tout en douceur, où l’on monte ou descend gentiment, sans s’en apercevoir vraiment. Je suis plus du style « suivre les méandres de la rivière », que « accompagner les ressauts du torrent ». En cyclisme, je serais plus « rouleuse » que « grimpeuse ». Je préfère l’horizontal au vertical ; d’ailleurs, dans « horizontal », il y a « horizon », c’est plus joli. Atteindre des sommets toujours plus hauts, relever des défis d’altitude, non merci, trop d’esprit de compétition là-dedans. Au cours de cette expérience pyrénéenne, j’ai davantage apprécié les itinéraires paisibles, en sous bois, ou au bord du lac, ou à flanc de coteaux. Cela a conforté mon envie d’aller vers la mer et consolidé mon projet d’aller un jour jusqu’à Marseille, à pied.

 

Mais pas encore : un parcours de plus de 400 km, cela ne s’improvise pas. Je ne suis pas encore prête, j’ai encore des choses à apprendre. Par exemple : marcher avec des bâtons. Au début, j’étais plutôt sceptique, je n’avais pas envie de céder à un phénomène de mode qui semblait surfer sur l’engouement croissant pour la marche nordique. Marcher, les êtres humains le font sur leurs deux pieds depuis la nuit des temps, à quoi bon des bâtons ?

 

Alors, j’ai testé ! Et j’ai trouvé finalement l’expérience plutôt concluante. D’abord, comme cela utilise les mains, cela rend le sac à dos obligatoire, pour transporter de quoi se protéger du froid, de la pluie et du soleil, de quoi grignoter éventuellement, et surtout de quoi boire. Cela utilise non seulement les mains, mais les bras tout entiers et tout le haut du corps. C’est une évidence : on ne marche pas seulement avec ses pieds !

 

Au début, les bâtons me gênaient, je ne savais pas trop comment m’en servir, j’étais incapable de trouver le bon rythme, je ne comprenais pas comment synchroniser à la fois mes jambes, mes bras et ma respiration. Alors, j’ai arrêté de réfléchir et j’ai laissé faire mon corps. Comme souvent, arrêter de se prendre la tête, c’était une bonne idée ! J’ai fini par trouver le truc et franchement, ça marche bien (si j’ose dire ;). Chaque bâton touche le sol en alternance avec le pied : pied droit + bâton gauche, pied gauche + bâton droit. Mouvement de métronome… tant que l’on avance en terrain régulier. Quand le sol devient plus accidenté, les bâtons se révèlent alors bien pratiques pour s’équilibrer. En montée, pousser sur les bâtons apporte une aide précieuse. Les bâtons permettent aussi de délester les articulations des jambes : à la descente, j’imagine que mon genou gauche apprécie.

 

Il n’y a finalement que deux situations dans lesquelles j’ai trouvé les bâtons gênants. D’abord, ils sont encombrants quand le sentier devient très étroit, avec beaucoup de végétation de part et d’autre et juste la place pour poser un pied, voire quand il n’y a plus de sentier du tout. À l’opposé, quand le terrain devient artificiel, genre chemin empierré ou pire, bitumé, les bâtons cognent le sol de façon désagréable. D’abord, ça fait du bruit : clac, cloc, clac, cloc, à chaque pas. Et puis, l’impact sur le sol déclenche des vibrations qui se propagent tout le long des bras. Pour éviter cet inconvénient, il existe apparemment des embouts en caoutchouc, réduisant à la fois le bruit et les vibrations. On n’arrête pas le progrès !

 

Puisqu’il est beaucoup question d’accessoires aujourd’hui, je ne peux pas m’en tenir là sans parler d’un outil très, très utile quand on part marcher. Il s’agit de savoir répondre à des questions existentielles telles que : où suis-je ? où vais-je ? Pour cela, il y a bien sûr les incontournables cartes de randonnée. Mais comment faire pour avoir la bonne carte, toujours à jour et qui, en plus, tient dans la poche et ne présente aucune difficulté à replier ? Même pour pratiquer une activité ancestrale, inutile de se priver des merveilles des nouvelles technologies. Mes cartes, elles sont dans mon téléphone !

 

Mon téléphone, qui sait faire bien plus que téléphoner (ce qui est déjà bien utile, surtout quand on part marcher seul), est capable de plusieurs prouesses fort utiles : il me fournit la fameuse carte au 1:25000 de là où je me trouve, il m’indique précisément l’endroit où je me trouve, il me montre éventuellement le parcours à suivre. Encore plus fort : il peut enregistrer mon parcours et me donner tout un tas d’informations, telles que distance, durée, dénivelés (j’adore ;), etc. Il peut également sauvegarder mon itinéraire et le publier pour le partager avec d’autres utilisateurs, grâce à la magie de l’internet ! Décidément, on n’arrête pas le progrès !

 

J’espère, ami lecteur, que tu ne me trouves trop insistante avec mes histoires de marche. Mais cela me fait tellement de bien que j’ai très envie de te donner envie. La prochaine fois, promis, juré, je ne parlerai pas du tout de marche.

 

Isabelle.


 

La suite bientôt…

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